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La première fois où je me suis retrouvée dans une atmosphère à -21°C, c'était dans la zone de stockage de produits congelés d'une cuisine centrale. A l'époque, habituée aux hivers doux du climat tempéré français, c'est à peu près tout ce que -21°C représentait pour moi : un congélateur industriel.
Ces souvenirs me sont revenus récemment avec un sourire en déambulant dans les rues d'Ottawa, où les températures ont dégringolés jusqu'à ce fameux -21°C dont la simple évocation fait grelotter tous mes amis de l'Hexagone. Ici, j'ai appris à aimer l'hiver, le froid, la glace, la neige, le ciel bleu, le gros sel qui croustille sous les bottes et le look Bibendum dans mon épaisse doudoune. L'hiver à Ottawa s'accompagne d'opportunités immanquables de promenades dans la neige et de patin à glace à l'air libre, ce qui signifie que ce n'est pas vingt degrés en dessous de zéro qui vont nous empêcher de sortir.
Néanmoins, j'avoue que le froid requiert quelques ajustements. A Paris, j'affrontais les rares journées de gel avec un un gros manteau, une écharpe, et surtout un bon paquet de jurons. La vie dans le froid a donc exigé un petit apprentissage.
Un petit mot d'abord sur une spécificité canadienne trompeuse. Il y a quelques jours, j'ai vu le cuisinier d'une pizzeria où je dînais avec Tin sortir sur le perron du restaurant en t-shirt pour s'en griller une, par environ -18°C. Régulièrement, l'évidence s'impose à moi : ici un jeune homme dépourvu de gants et de bonnet, là une jeune femme habillée en jupe... l'humanité subit une mutation sous le climat capricieux du Canada et développe - j'en suis certaine - un gène à la X-Men contre le froid, à la manière des animaux marins de l'Antarctique, dont le sang ne gèle pas.
Trêve de plaisanterie, si comme moi vous venez d'un pays tempéré, ne vous laissez pas tromper par cette résistance supernaturelle arborée par certains Canadiens. En dessous de 0°C, il n'est pas prudent de sortir sans précautions vestimentaires. Vous pensez sans doute à vos poumons ? Certes, personne n'a envie de revenir avec une pneumonie. Mais lors d'une promenade par -21°C, c'est des gelures que vous voulez vous protéger le plus. Les brûlures par le froid. Alors pas d'imprudence !
En réalité, on peut s'habiller chaudement pour aller se promener dans la neige assez facilement, sans acquérir la doudoune de guerre de l'Arctique : le plus important n'est pas d'avoir le manteau le plus chaud du monde (enfin en même temps, ne sortez pas en K-Way), mais surtout de s'habiller de plusieurs couches de vêtements.
Typiquement, un t-shirt en coton assez près du corps (pour conserver la chaleur mais laisser la peau respirer, autrement on étouffe), un pull fin, et enfin un gilet ou une veste feront l'affaire.
Vous pourriez certainement avoir aussi chaud avec le t-shirt et un seul gros pull bien épais, mais la stratégie des trois couches, c'est pour pouvoir retirer la troisième et être à l'aise si l'on se rend dans un endroit fermé et chauffé.
Pour le bas, c'est caleçon long. Ouais, je sais, ça fait mémé. Mais c'est fait dans un textile fin et près du corps, souvent en coton, qui fait vraiment la différence. Par dessus, un pantalon "ordinaire" fait l'affaire, mais un tissu plus épais et légèrement imperméable est une bénédiction. J'aime bien porter des pantalons en velours côtelé (c'était déjà le cas à Paris) parce qu'ils n'absorbent pas l'humidité (à moins de se rouler dans la neige, évidemment) et qu'ils ne donnent pas cette sensation de froid que les jeans donnent, par exemple.
Petite note : veillez à ne pas laisser de "jour" entre vos vêtements. C'est plus efficace de rentrer son t-shirt dans le pantalon par exemple. Par je-ne-sais-quelle loi du mouvement éolien, les petits courants glacés finissent toujours par trouver la faille dans vos vêtements. Même topo pour les écharpes.
Si vous n'avez pas déjà froid avec cet article, je vous aide avec une photo !
C'est sans doute le plus évident. Un bon manteau d'hiver... a été acheté au Canada. Ne cherchez pas, votre doudoune parisienne (ou grenobloise, ou cherbourgeoise, ou quimpéroise) vous laissera grelotant(e) dès qu'il fera -5°C. Il faut un manteau absolument imperméable, ample (vous allez porter trois couches de vêtement en dessous et vous voulez encore respirer, enfin je suppose), pourvu d'une capuche (si, je vous assure), avec un col large pour laisser de la place à votre écharpe, et évidemment copieusement rembourré.
Les mains et les pieds sont les deux parties qui souffrent le plus du froid. La règle numéro un est de se protéger de l'humidité à tout prix. Pas besoin de se promener partout en après-ski, mais de bonne bottes en cuir sont un investissement salutaire. Les boutiques outaouaises regorgent de bottes en cuir rembourrées qui ont le même design que des chaussures de ville ordinaire. Tin a trouvé des bottes passe-partout très confortables dont il se félicite en boucle. En ce qui me concerne, j'avais de très bonnes bottes en cuir achetées en France, même pas doublées, qui se sont avérées d'une efficacité redoutable en hiver. Le cuir semble vraiment offrir une protection inestimable contre le froid et l'humidité.
Je n'ai jamais eu à mettre deux paires de chaussettes, au contraire ça me donne bien trop chaud surtout si on marche pendant un moment. Mais ça m'est arrivé de glisser une paire de chaussettes supplémentaire dans mon sac "au cas où".
C'est le plus gros challenge et celui dont je me méfie le plus. Ne prenez jamais le risque d'avoir froid aux mains. J'ai fait l'erreur une fois alors que les températures étaient encore bien au-dessus de -10°C : même sans créer d'engelure, ça peut être très, très douloureux. Les doigts sont petits et fins, et le froid pénètre bien facilement dans nos mains qui font les pendules au bout de nos bras qu'on on marche.
Tout d'abord, les gants imperméables sont absolument nécessaires. L'humidité renforce le froid. Le risque de gelure est considérablement plus élevé dans des gants mouillés (par la neige, par exemple).
Ensuite, n'hésitez pas à jeter un coup d'oeil aux moufles. C'est bien moins pratique pour utiliser ses mains, mais le design des moufles permet de mieux contenir la chaleur qu'une paire de gant où les doigts sont couverts individuellement.
Enfin, comme pour les vêtements, on peut en mettre plusieurs couches : si vous avez des gants fins (typiquement les gants que vous auriez porté à Paris en hiver), on peut les porter dans les moufles. Là, vous êtes sûrs de ne pas avoir froid.
A noter que si vos doigts commencent à piquer lors d'une promenade, n'attendez pas pour chercher une solution : ça n'ira pas en s'arrangeant et ça va très vite faire mal. Au pire, ôtez vos doigts du gant pour fermer le poing à l'intérieur du gant et mettez vos mains soit dans vos poches, soit dans vos manches. Si possible, ne sortez jamais sans chauffe-main dans votre sac (un petit sachet qui chauffe quand on le sort de son emballage). Ca peut se glisser dans les bottes, les gants ou les poches, et ça peut être salutaire.
Le sac-à-main paré pour l'hiver !
Le truc agaçant avec le cou c'est qu'au début, on a froid dès que le moindre petit courant d'air vient effleurer un millimètre carré de peau sur la nuque. Après quelques minutes de marche, on étouffe.
La meilleure solution que j'ai trouvé pour le moment c'est la grosse écharpe en laine grossièrement tricotée, très longue et très épaisse, que je noue autour de mon cou. Je ne peux pas fermer le col de mon manteau mais tant pis. Au début, ça protège parfaitement. Quand je commence à avoir trop chaud, je la dénoue un peu pour faire passer un peu d'air et c'est parfait. L'avantage aussi c'est qu'elle est suffisamment large pour me permettre de couvrir le bas du visage en cas de vent glacial, ce dont mon nez lui est éternellement reconnaissant.
C'est presque navrant à quel point le visage donne toutes les occasions d'avoir froid : les oreilles, le nez, le crâne, sans parler des joues qui cuisent et des lèvres qui gercent. Que du bonheur.
Est-il utile de dire qu'il faut un bonnet ? Pas besoin de la toque en peau de castor, un bonnet ordinaire fait l'affaire. Pour les oreilles, vous pouvez utiliser la stratégie que j'affectionne qui consiste à tirer sur le bonnet jusqu'à ne plus ressembler à rien, ou acheter des protections pour les oreilles. Lorsqu'il fait très froid, l'association bonnet et capuche du manteau est très efficace.
J'ai pris l'habitude de mettre du baume pour les lèvres avant de sortir, au début pour éviter d'empirer la situation sur des lèvres déjà gercées, et ensuite parce que je me suis rendue compte que ça protégeait très bien.
Aussi, il n'est pas inutile d'avoir un pot de crème hydratante parce que quoi que vous fassiez, vos mains et vos joues finiront par devenir sèches. Un peu de crème par-ci par-là et ça devrait
faire l'affaire.
Juste parce que je fais plus attention ici à cause de la rigueur du froid, j'ai les mains moins abîmées qu'à Paris. Ironie.
J'adore l'hiver à Ottawa pour ses journées bleues assortis d'un soleil éclatant... sur le manteau blanc. La lumière ricochant sur la neige, les yeux sensibles sont facilement éblouis. Mes lunettes de soleil sont ravis de faire du service à toute saison, à présent.
Au final, l'adaptation au froid a été rapide et peu contraignante. Je me suis bien plus rapidement habituée aux températures négatives de l'hiver qu'aux températures supérieures à 30°C de l'été.
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de Lily
28 ans, Française
Blog créé le 07 nov. 2009
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